lignemagino

La Ligne Maginot, du nom de l'homme politique André Maginot, est une ligne de fortifications et de défense construite par la France le long de ses frontières avec la Belgique, le Luxembourg, l'Allemagne et l'Italie au cours des années 1920-1930.

Le terme Ligne Maginot désigne parfois le système entier, mais souvent, il désigne uniquement les défenses contre l'Allemagne. Les défenses contre l'Italie sont également appelées Ligne Alpine. Le pendant allemand de la Ligne Maginot est la Ligne Siegfried.

 

Carte du Nord-Est de la Ligne Maginot

Maginot_Linie_Karte

La Première Guerre mondiale, qui s'achève, pour la France, le 11 novembre 1918 et la signature de l'armistice, laisse derrière elle un pays détruit, exsangue, à bout de souffle qui vient de vivre la guerre la plus dévastatrice de son histoire et qui souhaite plus que tout éviter un nouveau conflit. La conception de la Ligne Maginot au cours des années 1920, puis sa réalisation au cours des années 1930 découlent directement de ce conflit. En effet, la guerre a aggravé la situation démographique de la France, qui se trouve ainsi lourdement défavorisée face à l'Allemagne : en cas de nouvelle guerre, il est nécessaire d'économiser au maximum le précieux « sang français » exalté par les nationalistes dans l'entre-deux-guerres. De plus, la France a subi d'importantes destructions qui ont affecté de grandes villes, des terroirs agricoles fertiles, des axes de communication majeurs et des bassins industriels de première importance ; pour éviter cela, il est nécessaire, en cas de guerre, de repousser immédiatement toute incursion ennemie et de garantir l’intégrité du territoire national.

La Première Guerre mondiale entraîne également une modification radicale de la stratégie française : plus question de « l’offensive à outrance » de 1914 et de la guerre de mouvement ; la prochaine guerre sera une guerre de position, selon le Haut-Commandement français. De plus, l’expérience de Verdun a montré qu’un front continu, où chaque pouce de terrain est battu par de l’artillerie et des mitrailleuses est quasi-imprenable.

De plus, les forts Séré de Rivières construits dans les années 1880 pour protéger les nouvelles frontières de l’Est après la perte de l’Alsace-Lorraine à l'issue de la guerre de 1870, sont désormais trop éloignés de la frontière entre l'Allemagne et la France après le retour des territoires perdus à la France grâce au Traité de Versailles du 28 juin 1919 et leur armement est obsolète.

Missions de la Ligne Maginot

Ces nouvelles fortifications ont ainsi de nombreuses fonctions en cas de guerre :

* économiser les troupes et compenser les classes creuses causées par la Première Guerre mondiale ;
* empêcher une attaque surprise venant de l'Allemagne et permettre de mobiliser l'armée française à l'abri;
* protéger les bassins industriels et les mines d'Alsace et de Lorraine ;
* servir de base à une éventuelle contre-attaque ;
* dissuader l'ennemi d'une attaque surprise pour pousser les Allemands à passer par la Belgique, par la Suisse ou encore par la trouée de la Sarre : en effet, contrairement à une idée trop largement répandue, personne n'a été surpris par le fait que les Allemands cherchent à contourner la Ligne Maginot en 1940 en passant par la Belgique, car tous les généraux français avaient vécu la Première Guerre mondiale et savaient que les Allemands étaient déjà passés par la Belgique en 1914 à cause des fortifications françaises. Et ainsi obliger le Royaume-Uni garante de la Belgique, à se battre contre l'Allemagne aux côtés de la France.

Projets et construction

Les premiers projets de la Ligne Maginot vont voir le jour peu après la fin de la Première Guerre mondiale, avec la création de la Commission de Défense des Frontières (CDF) en 1922. C'est elle, sous l'égide du maréchal Pétain, qui va établir les premiers plans. Cet organisme est dissous en 1927 pour laisser la place à la Commission d'organisation des régions fortifiées (CORF), organisme qui sera le véritable artisan de la Ligne Maginot.

Les travaux commencent en 1928, non pas face à l'Allemagne mais face à l'Italie, car le fascisme italien est à l'époque plus menaçant que la République de Weimar allemande. De nombreux chantiers sont ouverts au cours de l'année 1929 dans les Alpes mais aussi dans le Nord-Est. Les crédits alloués à la construction des fortifications sont votés par le Sénat le 14 janvier 1930 (avec 90 % des voix). À la tribune se tient André Maginot, ministre de la Guerre, ancien combattant grièvement blessé en 1914, l'un des plus fervents défenseurs de la fortification des frontières. C'est ainsi que, dans la mémoire collective, la ligne fortifiée reste associée au nom de cet homme.

Les premiers crédits s'élèvent à 2,9 milliards de francs de l'époque (soit 1,7 milliard d'euros). Au total, la Ligne Maginot coûtera plus de 5 milliards de francs, ce qui ne représente pas une dépense particulièrement importante dans le budget de l'État, surtout que, du fait de la crise économique et de l'inflation constante, les dépenses seront compressées au maximum, ce qui se ressentira sur la qualité des réalisations.

La construction s’active jusqu'en 1933, date à laquelle le gros-œuvre des principaux ouvrages est terminé. En 1934, une nouvelle série de chantiers s'ouvre dans le Nord-Est dans la Sarre française et autour de Montmédy face à la Belgique. En 1935, (après l'arrivée au pouvoir d'Hitler et les revendications de Mussolini), des crédits supplémentaires sont alloués pour tenter de couvrir toute la frontière, mais ces constructions dites « des nouveaux fronts » n’auront ni la valeur, ni l'efficacité des premiers ouvrages. La CORF est dissoute et ses compétences sont transmises aux commandants d'armée locaux. En 1936, on peut considérer que la Ligne Maginot est terminée. Dans les années qui suivent, les Services Techniques du Génie (STG) et la Main d’Œuvre Militaire (MOM) construisent des milliers de blockhaus tout le long de la frontière, au-delà même des « anciens fronts » bâtis par la CORF ; cette campagne de construction se poursuivra jusqu'en 1940 et témoigne d'un changement de doctrine dans l'utilisation de la Ligne Maginot, puisque, conçue à l'origine comme uniquement un moyen d'arrêter une offensive brutale de faible envergure, elle est à présent considérée comme une muraille de béton infranchissable capable de retenir des armées entières, ce qui n’était pas son but originel.